
Nous ne sommes pas autre chose, vous et moi, que les descendants de ceux qui ont survécu.
Lluís Quintana-Murci
Génomique humaine et évolution
Collège de France, Institut Pasteur, CNRS
Nous ne sommes pas un symptôme. Nous sommes une histoire.
Notre génome et épigénome portent les traces des expériences des générations passées et ils peuvent être perturbés par des éléments que nous ne soupçonnons même pas.
EN GÉNÉTIQUE, une des dernières découvertes scientifiques les plus marquantes montre que les survivants des épidémies de Peste Noire ont transmis à leur descendance un gène muté qui aujourd'hui est associé à une sensibilité aux maladies auto-immunes comme les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin dont la maladie de Crohn.
EN ÉPIGÉNÉTIQUE, de récentes études démontrent que les traumatismes vécus par nos parents, voire grands-parents, (maltraitance, guerre, inceste, famine, épidémie, deuil, etc.), pourraient avoir un impact sur nous et notre santé.
A travers le père - les hommes ayant subi des maltraitances durant leur enfance présentent des modifications épigénétiques dans leurs spermatozoïdes, notamment dans certains petits ARN et dans la méthylation de l’ADN de gènes liés au développement du cerveau. Ces changements ne touchent pas l’ADN lui-même, mais la façon dont il s’exprime, et pourraient donc influencer la santé ou le développement des enfants à naître.
Le vécu traumatique de la mère peut également influencer la biologie du stress de ses descendants par ces mécanismes épigénétiques. L’étude de Bierer et al. (2020) a montré que les descendants de femmes survivantes de l’Holocauste présentaient des modifications épigénétiques sur le gène FKBP5, un régulateur clé de la réponse au stress. Ces changements n’altèrent pas l’ADN lui-même, mais modifient la manière dont ce gène s’exprime, rendant potentiellement les enfants plus sensibles aux hormones du stress.
Le génome
La partition elle-même/physique.
L'ensemble du matériel génétique qui est codé dans votre ADN - il va par exemple déterminer nos caractères physiques et nos prédispositions à certaines maladies. Le génome reste fixe, inchangeable (hors mutations).
L’épigénome
La manière dont cette partition est jouée.
Il représente l’activité du génome ; il va déterminer comment votre génome va se comporter. Il n’est pas fixe - il ne vous ait pas strictement transmis à la naissance car il est remis à plat à la fécondation mais il va conserver des traces / « reflexes » fonctionnelles / réactionnelles activées par vos parents et grands-parents.
Nous naissons tous avec un « kit » hérité de nos parents - une sorte de partition familiale que l’on vous transmet à la naissance.
A ce "kit biologique" s'ajoute les adaptations comportementales.
Il s’agit donc de la réponse adaptative de descendants face à un évènement traumatique connu ou non-dit d’un ascendant.
Un événement marquant peut bouleverser l’équilibre d’un système familial. Ainsi, face à une réponse traumatique/un comportement réactionnel à un traumatisme d'un membre d'une famille, chacun est amené, consciemment ou non, à s'adapter. Et cela peut avoir de lourdes conséquences sur le bien-être mental de certains membres.
Par exemple, un grand-parent ayant vécu un traumatisme peut adopter des stratégies de défense, comme l’isolement, pour y faire face. Ces comportements réactionnels, observés/vécus/subis par ses enfants, peuvent avoir un impact sur ces derniers, lesquels peuvent développer des comportements adaptatifs, des interprétations (rejet, abandon) et des croyances dites limitantes, modifiant ainsi leur comportement vis-à-vis de leurs enfants. Et ainsi de suite sur les générations suivantes, influençant la manière dont les membres se relient entre eux, même si les raisons originelles restent inconnues.
Ainsi, plusieurs générations peuvent être liées par des héritages émotionnels et des schémas inconscients, souvent sans que les individus en aient conscience.
Vous êtes le résultat d'une longue histoire.
Et vous avez une voix au chapitre.
Jusqu’à aujourd’hui, on pensait que le génome avait le monopole.
« Bon ben ma partition n’est pas géniale mais j’ai pas le choix de faire avec »…. Et bien non !
De nombreuses études montrent que notre hygiène de vie influence directement notre épigénétique, et donc notre santé.
Ce qui prime c’est aussi comment vous jouez cette partition (l’épigénome). Cette partition s’écrit, se modifie, s’étoffe d'une génération à l'autre. Vous avez le pouvoir de « régler le volume » ou de retarder l’expression de gènes problématiques.
Tout ce que vous faites aujourd'hui à votre corps et votre esprit, va laisser des traces pour le futur vous et pour la génération suivante voire plus loin.
Et tout commence par un esprit apaisé et de micro-adaptations quotidiennes à forts impacts.

Tuulari, J.J., Bourgery, M., Iversen, J. et al. Exposure to childhood maltreatment is associated with specific epigenetic patterns in sperm. Mol Psychiatry 30, 2635–2644 (2025).
Bierer, L. M., Bader, H. N., Daskalakis, N. P., Lehrner, A., Makotkine, I., Seckl, J. R., Yehuda, R., & Meaney, M. J. (2020). Intergenerational Effects of Maternal Holocaust Exposure on FKBP5 Methylation. American Journal of Psychiatry, 177(8), 744–753.
Steinbach, E. (2025). Votre santé optimisée : Le protocole quotidien qui va changer votre vie. Grand Livre.
